L’Assemblée générale des Nations unies a adopté une résolution marquante, portée par le Ghana, proclamant la traite transatlantique des esclaves africains comme le "plus grave crime contre l’humanité". Ce texte, à forte dimension symbolique et politique, s’inscrit dans une dynamique internationale visant à reconnaître pleinement l’ampleur des crimes liés à l’esclavage et à leurs conséquences durables. Toutefois, son adoption a été accompagnée de réserves exprimées par plusieurs États, notamment sur le plan juridique.
Présentée par le Ghana au nom de plusieurs pays africains, la résolution met en lumière l’ampleur historique et humaine de la traite des esclaves, qui a conduit à la déportation de millions d’Africains entre le XVe et le XIXe siècle. Elle souligne également les impacts persistants de ce système, notamment en matière de discriminations raciales, d’inégalités économiques et de marginalisation sociale dans de nombreuses régions du monde.
Pour les pays soutenant cette initiative, la reconnaissance de la traite comme "plus grave crime contre l’humanité" constitue un acte essentiel de mémoire, mais aussi un levier pour promouvoir la justice réparatrice. Certains États, notamment en Afrique et dans les Caraïbes, voient dans cette proclamation une étape vers des discussions plus approfondies sur les réparations, qu’elles soient financières, symboliques ou éducatives.
Cependant, plusieurs délégations ont tenu à exprimer des réserves quant à la portée juridique de cette qualification.
Ces pays ont exprimé des réserves ou une opposition partielle à la résolution portée par le Ghana à l’Assemblée générale des Nations unies proclamant la traite des esclaves africains comme "plus grave crime contre l’humanité". Il est important de noter que, dans ce type de texte, l’opposition ne signifie pas toujours un rejet du fond (la condamnation de l’esclavage), mais souvent des désaccords juridiques et politiques sur la formulation.
Pays ayant exprimé des réserves ou des critiques
Parmi les États les plus souvent cités dans les débats diplomatiques autour de ce type de résolution figurent :
Les États-Unis, le Royaume-Uni, les Pays-Bas, le Portugal, le Espagne, la France et d'autres pays européens. Ces pays n’ont pas certes nié la gravité historique de la traite négrière, mais ont soulevé plusieurs points à savoir:
- La Non-rétroactivité du droit international: ils rappellent que la notion de " crime contre l’humanité" a été formalisée après la Seconde Guerre mondiale, notamment lors du procès de Nuremberg, et ne peut pas être appliquée juridiquement à des faits antérieurs.
- Le Risque de conséquences juridiques: certaines délégations craignent que cette qualification puisse être utilisée pour soutenir des demandes de réparations devant des juridictions internationales.
- La Formulation jugée excessive: l’expression "plus grave crime contre l’humanité" est perçue par certains comme problématique, car elle hiérarchise des crimes internationaux.
Ces pays ont rappelé que le concept de "crime contre l’humanité" s’est structuré en droit international au XXe siècle, notamment à la suite de la Seconde Guerre mondiale, et qu’il ne saurait être appliqué rétroactivement sans soulever des questions de légalité. Ces États craignent que cette reconnaissance, si elle est interprétée comme juridiquement contraignante, n’ouvre la voie à des contentieux complexes devant les juridictions internationales.
D’autres pays ont insisté sur la distinction entre reconnaissance morale et implications juridiques. Tout en soutenant la condamnation ferme de la traite des esclaves, ils estiment que le droit international doit rester fondé sur des fondements clairs, tels que la non-rétroactivité des normes pénales.
Une résolution malgré tout largement soutenue
Malgré ces réserves, la résolution a bénéficié d’un large soutien, notamment de la part des pays africains et caribéens, qui y voient une avancée importante vers la reconnaissance des injustices historiques et leurs conséquences actuelles. Cette résolution largement saluée reflète une volonté croissante de la communauté internationale de faire face au passé et d’en tirer des enseignements pour le présent et l’avenir.
En plaçant la traite des esclaves africains au sommet de la hiérarchie des crimes contre l’humanité, l’Assemblée générale des Nations Unis envoie un message fort: celui de la nécessité de préserver la mémoire, de promouvoir la dignité humaine et de lutter activement contre toutes les formes contemporaines de racisme et de discrimination.
Bacary Goudiaby
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