Sénégal: Ousmane Sonko au perchoir de l'assemblé. El Malick Ndiaye au panthéon des "Justes".

Publié le 27 mai 2026 à 02:15

Le président Bassirou Diomaye Faye décide de limoger son Premier ministre Ousmane Sonko, mettant brutalement fin à l’une des alliances politiques prometteuses les plus marquantes de l’histoire récente du pays.

Cette décision, annoncée dans un contexte de tensions croissantes au sommet de l’État, révèle les profondes divergences qui opposaient depuis plusieurs mois les deux hommes. Ensemble, ils avaient pourtant incarné l’espoir d’un renouveau démocratique et porté le parti PASTEF au pouvoir après la présidentielle de 2024.

Pendant plusieurs années, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye avaient avancé comme deux figures inséparables de l’opposition sénégalaise. Lorsque Sonko fut empêché de participer à l’élection présidentielle de 2024, il choisit de désigner son "jeune frère" Bassirou Diomaye Faye, comme candidat du Pastef à l’élection présidentielle qui fut élu au premier tour avec 54% des votes. Une fois élu président, Diomaye Faye nomma naturellement Sonko au poste stratégique de Premier ministre. Beaucoup voyaient alors dans ce duo une nouvelle génération politique capable de transformer le Sénégal.

Mais derrière l’image d’unité, des désaccords profonds se développaient progressivement des divergences sur la gouvernance qui portaient notamment sur: la gestion économique du pays; les réformes institutionnelles promises aux Sénégalais; les relations avec les partenaires internationaux et les orientations stratégiques du gouvernement.

En plus, Ousmane Sonko reprochait au président de privilégier des questions de seconde importance comme de vouloir préserver une stabilité institutionnelle en convoquant des "dialogues" politiques au détriment des engagements pris devant les électeurs sénégalais et inscrits dans le programme présidentiel lors de la campagne électorale.

Au fil des mois, les prises de position publiques des deux hommes ont laissé apparaître des fractures de plus en plus visibles. Pour les militants du Pastef et au-delà, cette rupture entre deux les hommes qui symbolisaient l’espoir du changement suscite à la fois inquiétude et désillusion.

El Malick Ndiaye; Juste parmi les fidèles.

Suite au limogeage du Premier ministre Ousmane Sonko, El Malick Ndiaye démissionne de la présidence de l’Assemblée nationale. Avant cette démission, le désormais ancien président de l'assemblée nationale sénégalaise, El Malick Ndiaye, cristallisait par son mutisme, des soupçons de trahison vis-à-vis du leader du Pastef. L’annonce de la démission de la deuxième personnalité de l’état sénégalais bouleverse jusque dans les rangs de l’opposition qui s’attendait sûrement pas à ce scénario.

Avant d’accéder à la présidence de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye s’était imposé comme l’une des voix influentes du mouvement porté par Ousmane Sonko grâce à un discours axé sur la souveraineté, la transparence et la justice sociale. La démission d’El Malick Ndiaye marque une nouvelle phase de drible de Sonko. Ce qui semblait constitué une fragilisation de la majorité parlementaire constituée des députés du Pastef, s’avère au bout du compte être une énième leçon de réal politique du "Guide de la évolution" au Sénégal.

Ousmane Sonko élu président de l’Assemblée nationale: un retour au premier plan politique au Sénégal.

Quelques jours seulement après son départ de la Primature, l’ancien chef du gouvernement effectue ainsi un retour spectaculaire au cœur des institutions de la République. Cette élection au perchoir de l’assemblée nationale sénégalaise marque une nouvelle étape dans la recomposition du pouvoir au Sénégal et confirme le poids politique considérable de Sonko au sein de la majorité parlementaire et du parti Pastef.

Longtemps figure de l’opposition sénégalaise, Ousmane Sonko s’est imposé au fil des années comme l’un des leaders politiques les plus influents de sa génération. Son discours axé sur la souveraineté, la justice sociale et la rupture avec les pratiques politiques traditionnelles lui a valu un important soutien populaire, notamment auprès de la jeunesse. Après avoir joué un rôle déterminant dans l’élection de maires, de députés et du président Bassirou Diomaye Faye, son élection à la tête de l’Assemblée nationale montre toutefois qu’il demeure l’acteur central de la vie politique sénégalaise.

La présidence de l’Assemblée nationale constitue l’une des fonctions les plus importantes de l’État sénégalais. En prenant la tête du Parlement, Ousmane Sonko dispose désormais d’un levier institutionnel majeur pour influencer les réformes, orienter les débats politiques et consolider son ancrage au sein du pouvoir.

Cette nouvelle configuration au niveau de la répartition des pouvoirs pourrait ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire politique récente du Sénégal. Elle confirme surtout la capacité de l’ancien opposant à rebondir et à conserver une place centrale dans les équilibres du pouvoir.

Une chose est certaine: Ousmane Sonko demeure aujourd’hui l’homme politique sénégalais qui détient les cartes dans ses mains.

Bacary Goudiaby

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