À Villeurbanne, la communauté africaine et caribéenne célèbre le 10 mai sous le signe du culte aux ancêtres d’Afrique.

Publié le 11 mai 2026 à 13:42

Dimanche 10 mai 2026, malgré une pluie battante qui s’est abattue sur Villeurbanne tout au long de la journée, la cérémonie commémorative du 10 mai dédiée à la mémoire de l’esclavage, de la traite négrière et de leurs abolitions.

Les communautés d'Afrique et de la Caraïbe de la métropole lyonnaise se sont retrouvées dans le parc des droits de l’homme de Villeurbanne. Cette cérémonie, organisée en partenariat avec plusieurs associations culturelles et mémorielles, a également été marquée par la présence de Stéphane Frioux, adjoint au maire de Villeurbanne, délégué aux patrimoines, aux mémoires, de Daouda Ouattara, Conseiller municipal délégué aux Anciens combattants, lieux de mémoires et manifestations mémorielles, de Youssoupha Ndiaye, Consul général du Sénégal à Lyon, de Ya Mutuale Balume, Président du collectif Africa50, d'élus, de présidents, représentants d’associations africaines et caribéennes et de nombreux anonymes artistes, habitants et militants engagés dans le devoir de mémoire; venus marquer l’importance de cette journée.

Une musique qui raconte notre histoire, nos douleurs, mais aussi notre capacité à résister et à rester debout.

La cérémonie s’est ouverte dans une atmosphère particulièrement solennelle avec la diffusion de la célèbre chanson "Go Down Moses" de Louis Armstrong. Dès les premières notes de ce chant spirituel afro-américain emblématique, un profond silence s’est installé parmi les participants réunis pour honorer la mémoire des millions de victimes de l’esclavage. Cette ouverture musicale, chargée d’histoire et d’émotion, a donné le ton d’une cérémonie placée sous le signe du souvenir, de la dignité et de la transmission.

"Go Down Moses" a résonné comme un appel à la liberté et à la résistance. Inspirée du récit biblique de Moïse libérant les Hébreux de l’esclavage en Égypte, cette chanson est devenue au fil du temps un symbole universel de lutte contre l’oppression et de quête de liberté pour les peuples afro-descendants. Les organisateurs ont expliqué avoir choisi ce morceau pour rappeler les souffrances vécues durant la traite négrière, mais aussi la force spirituelle et culturelle transmise par les ancêtres africains à travers les générations.

Honorer nos ancêtres, c’est aussi retrouver notre dignité, notre histoire et notre héritage culturel.

Au cœur de l’événement, les organisateurs ont souhaité replacer les ancêtres africains au centre de la mémoire collective. Dans la tradition africaine du culte vaudou, le lien avec les ancêtres a été incarné par la prêtresse du jour,: "Princesse Sica" qui a su interpréter le pilier fondamental de l’identité, de la spiritualité et de la transmission des valeurs ancestrales africaines.

Des lectures de textes historiques et le rappel des fondamentaux de la loi Taubira poétiques et prises de parole se sont succédé dans une atmosphère de recueillement et de fraternité. Cette année, l’un des moments les plus marquants de la cérémonie a été l’implication remarquable des enfants de la communauté africaine et caribéenne. Sous les parapluies, vêtus parfois de tenues traditionnelles malgré les intempéries, ils ont participé avec dignité aux lectures et hommages rendus aux ancêtres africains à travers le dépôt de gerbes florales. "Même sous la pluie, les enfants ont voulu être là. Cela montre que cette mémoire continue de vivre", a confié Hady Bousso, présidente de l’association Priorité Enfance, à l’issue de la cérémonie.

La mémoire de l’esclavage fait partie de notre histoire commune.

Au-delà de la commémoration, cette rencontre a symbolisé un véritable rapprochement entre les communautés africaines, caribéennes et les institutions locales. Les échanges ont permis de rappeler l’importance de construire une mémoire partagée fondée sur la reconnaissance, la transmission historique et le vivre-ensemble.

Stéphane Frioux, adjoint au maire de Villeurbanne en charge de la mémoire, représentant la municipalité a témoigné du soutien de la ville aux initiatives liées au devoir de mémoire et à la reconnaissance des héritages afro-descendants tout en saluant l’engagement des associations et des habitants mobilisés autour de cette journée. Il a aussi insisté sur la nécessité de préserver cette mémoire collective afin de lutter contre les discriminations, de renforcer les valeurs de respect, de solidarité et en faveur du dialogue interculturel, dans une dynamique de reconnaissance des diversités qui composent aujourd’hui la société française.

Les valeurs portées par l’abolition de l’esclavage doivent aujourd’hui se traduire par davantage de justice, d’égalité des chances et de respect de la dignité humaine.

Parmi les personnalités présentes figurait le Consul général du Sénégal à Lyon, qui a profité de ce moment symbolique pour plaider en faveur d’une traduction concrète des principes de liberté, d’égalité et de fraternité dans les politiques migratoires et sociales touchant les populations africaines vivant en France et en Europe.

Lors de sa prise de parole, le diplomate sénégalais a rappelé que la commémoration de l’abolition de l’esclavage ne devait pas se limiter à un simple devoir de mémoire, mais devait également conduire à une réflexion sur les réalités contemporaines auxquelles sont confrontées les diasporas africaines. Il a notamment évoqué les difficultés administratives, sociales et économiques rencontrées par de nombreux ressortissants africains en Europe. Le consul a par ailleurs appelé à renforcer les relations entre l’Afrique et l’Europe dans un esprit de partenariat équilibré, fondé sur la coopération, la mobilité et le respect mutuel.

Cette prise de parole a suscité des réactions parmi les participants. Certains estimant que les questions mémorielles restent étroitement liées aux problématiques contemporaines de discrimination et d’exclusion.

Ya Mutuale Balume, président du collectif Africa50 a souligné en substance dans son discours, l’importance de transmettre cette mémoire aux jeunes générations afin de lutter contre l’oubli, le racisme et les discriminations. Un avis partagé par un public attentif.

La pluie, loin de décourager les participants, a donné à cette cérémonie une dimension encore plus forte et spirituelle. Beaucoup y ont vu un symbole de purification, de résistance et de persévérance face aux épreuves de l’histoire.

À travers cette mobilisation intergénérationnelle, la communauté africaine et caribéenne de Lyon a voulu rappelé l’importance de transmettre l’histoire, les valeurs culturelles et la mémoire des ancêtres afin que les tragédies du passé ne soient jamais oubliées. Et au-delà du devoir de mémoire, cette célébration s’est voulue un moment de reconnexion identitaire et de dialogue entre les cultures. Elle confirme la volonté grandissante des diasporas africaines et caribéennes de faire vivre la mémoire des ancêtres tout en construisant des ponts entre passé, présent et avenir dans une dynamique assumée de faire vivre l’héritage des peuples africains et afro-descendants.

La cérémonie s’est finalement achevée autour d’un verre de l’amitié dans un esprit de solidarité et d’unité, après que les participants aient salué avec dignité et par des applaudissements, l’engagement et la fidélité de porte-drapeau toujours présent lors des cérémonies.

Bacary Goudiaby

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