Sénégal: le Premier ministre Ousmane Sonko refuse une restructuration imposée par le FMI.

Publié le 12 janvier 2026 à 02:30

 Face à une crise de dette aggravée par des emprunts non déclarés par l’administration précédente, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a publiquement rejeté les appels du Fonds monétaire international (FMI) à procéder à une restructuration de la dette nationale, une décision qui relance le débat sur la souveraineté économique du pays et ses perspectives financières.

Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue mauritanien, Sonko a affirmé que le Sénégal n’entendait pas accepter une restructuration qui, selon lui, reviendrait à "déclarer la faillite" et affaiblirait la crédibilité financière du pays. Il a insisté sur le fait que Dakar peut gérer sa dette et respecter ses obligations sans recourir à ce type d’opération, estimant que les projections de croissance et de recettes publiques sont suffisantes pour stabiliser les finances.

Ce refus intervient alors que le FMI a interrompu un programme de prêt de 1,8 milliard de dollars, après que les nouvelles autorités ont révélé que la dette publique réelle du Sénégal s’élève à estimer à 132% du PIB en raison de nombreux emprunts non déclarés par l’ancien gouvernement de Macky Sall.

Dans un contexte de marché fragile, l’annonce de Sonko a entraîné une vente des obligations sénégalaises, signalant une perte de confiance des investisseurs et une hausse des coûts d’emprunt à l’international.

 

Le dialogue reste maintenu.

Malgré ces tensions, les discussions entre Dakar et le FMI se poursuivent. L’institution financière a rappelé que le gouvernement sénégalais conserve le droit souverain de décider comment gérer sa dette, tout en soulignant l’importance d’un plan crédible pour assurer la viabilité des finances publiques.

Pour le gouvernement, refuser une restructuration ne signifie pas un rejet total de toute coopération avec le FMI, mais plutôt une volonté d’explorer des solutions alternatives, telles que le renforcement des recettes internes et la réduction des dépenses, afin de restaurer la confiance des marchés sans accepter des termes qui, selon Dakar, pénaliseraient l’économie et l’image du pays.

 

Implications économiques à long terme pour le Sénégal

  1. Pressions financières accrues

Le refus d’une restructuration de la dette, (alors que la dette publique atteint environ 132% du PIB), laisse Dakar face à un lourd fardeau de service de la dette et à des échéances importantes sans filet financier externe immédiat. Ce qui pourrait entraîner un coût des intérêts plus élevé provoquant une pression sur le budget national tout en amoindrissant la marge de manœuvre pour financer des politiques publiques comme la santé, l' éducation, les transferts sociaux..

 

  1. Vulnérabilité face aux marchés financiers

L’annonce du refus a déjà ébranlé les marchés: les euro-obligations sénégalaises ont chuté significativement, reflétant une méfiance accrue des investisseurs. En conséquence, le pays pourrait faire face à un coût d’emprunt plus élevé à l’avenir, rendant difficile l’accès aux financements externes sans conditions strictes.

 

  1. Croissance potentielle contre contraintes budgétaires

Le Sénégal affiche encore une croissance économique robuste, portée par l’agriculture, l’exploitation de pétrole et de gaz, ou encore des prévisions optimistes de croissance autour de 5-8 % pour 2025-2026.

Si cette trajectoire est maintenue, elle peut élargir le PIB et réduire le ratio dette/PIB, mais cela dépend de l’efficacité de l’investissement public.

 

  1. Montée des recettes locales et ajustements économiques

Le gouvernement milite pour une mobilisation accrue des recettes domestiques, (nouvelles taxes, meilleure fiscalité) et une gestion budgétaire plus rigoureuse. Cela pourrait renforcer l’autonomie financière à long terme, mais implique des mesures parfois impopulaires comme la hausse d’impôts, réduction des subventions avec des effets sociaux potentiels.

 

  1. Absence de filet de sécurité extérieure?

En se passant temporairement d’un programme FMI, le Sénégal renonce à un soutien financier stable de l’institution ou de bailleurs partenaires qui pourrait couvrir une partie du déficit et faciliter l’assainissement. Sans accord, l’État dépendra davantage des marchés ou d’alternatives comme les financements régionaux ou bilatéraux, ce qui peut être plus coûteux ou contraignant.

 

Enjeux politiques dans la région ouest-africaine

  1. Souveraineté économique et influence politique

Le refus de restructuration est aussi une posture politique. Le gouvernement met en avant la souveraineté nationale et un refus d’être perçu comme en faillite, ce qui résonne auprès de certains électorats.

Cette attitude peut inspirer d’autres pays de la région à revoir leur relation avec les institutions financières internationales, renforçant une dynamique de revendication d’autonomie économique.

 

  1. Conséquences diplomatiques et de réputation

Le statu quo avec le FMI pourrait tendre les relations diplomatiques entre Dakar et des partenaires traditionnels, tout en plaçant le pays dans une position délicate dans les négociations multilatérales. À l’échelle régionale, cela peut influencer les stratégies des pays voisins confrontés à des pressions similaires, notamment dans la gestion de dettes élevées.

 

  1. Stabilité politique interne et cohésion sociale

Les choix économiques ont des répercussions politiques internes. Des mesures d’austérité implicites pourrait être nécessaires si Dakar doit assainir son budget sans aide extérieure. Cela pourrait provoquer des tensions sociales s’il n’y a pas d’accompagnement social fort.

Cette situation peut aussi être exploité dans les rivalités politiques internes, avec des oppositions opportunistes et sans arguments qui pourraient critiquer la gestion économique du gouvernement.

 

  1. Rôle des institutions régionales

Dans l’espace CEDEAO, une politique économique indépendante peut être perçue comme un signal fort. Elle pourrait encourager la coopération régionale pour des alternatives aux mécanismes traditionnels de financement ou susciter des débats sur les politiques communes face aux institutions financières internationales.

 

Le refus du Sénégal d’accepter une restructuration de la dette impose un pari économique et politique risqué: il vise à préserver la souveraineté et l’image du pays. Il influence également le débat régional sur l’autonomie économique et la relation avec des institutions globales telles que le FMI. Les prochains mois seront déterminants pour voir si la croissance peut suffire à stabiliser l’économie sans restructuration, ou si des compromis seront finalement nécessaires.

Ambathie Arendoor

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